Une branche de pin en quelques coups de pinceau. Une montagne qui émerge de la brume, faite presque uniquement de papier blanc. Un cercle tracé d'un seul geste. Voilà le sumi-e (墨絵), littéralement « peinture à l'encre » : l'art japonais de peindre avec l'encre noire et l'eau.
Un art de la soustraction
La peinture occidentale ajoute souvent : couches de couleur, détails, ombres. Le sumi-e fait le contraire : il retire. Le but n'est pas de copier la réalité, mais d'en saisir l'essence avec le moins de coups de pinceau possible.
C'est pourquoi, dans le sumi-e, l'espace vide compte autant que le trait. Le papier blanc devient ciel, brume, eau, neige. Les Japonais appellent cet espace plein de sens *ma*.
Les outils : les « quatre trésors »
Le peintre de sumi-e travaille avec quatre outils, appelés traditionnellement les quatre trésors du lettré :
- Le pinceau (*fude*), au manche en bambou et à la pointe en poils naturels, capable de faire un trait très fin puis, juste après, une large tache.
- L'encre (*sumi*), un bâton solide fait de suie et de colle, que l'on frotte avec un peu d'eau.
- La pierre à encre (*suzuri*), sur laquelle on broie le bâton. Plus on broie, plus l'encre est foncée et dense.
- Le papier (*washi* ou papier de riz), fin et absorbant, qui ne pardonne rien : chaque goutte laisse une trace.
Préparer l'encre en la broyant sur la pierre demande quelques minutes : un temps que les peintres utilisent pour calmer l'esprit avant de peindre.
Un geste qui ne se corrige pas
Le papier du sumi-e absorbe l'encre instantanément. On ne peut pas effacer, on ne peut pas repasser : chaque coup de pinceau est définitif. C'est pourquoi le peintre s'exerce pendant des années sur les mêmes sujets et, quand il peint, il le fait d'un geste rapide et sûr.
C'est aussi pour cela que chaque peinture sumi-e est une pièce unique : le même peintre, peignant le même sujet, n'obtiendra jamais deux œuvres identiques.
Le lien avec le zen
Le sumi-e arrive au Japon depuis la Chine avec les moines bouddhistes zen, qui le pratiquaient comme une forme de méditation. Concentration, simplicité, acceptation de l'imperfection : les valeurs du zen sont celles du sumi-e. Nous racontons son histoire dans L'histoire du sumi-e.
Seulement du noir ? Pas toujours
Le sumi-e classique est monochrome, mais l'encre noire contient en réalité une infinité de nuances de gris, de la plus intense à la plus transparente, selon la quantité d'eau utilisée. Beaucoup de peintres ajoutent une seule touche de couleur : le rouge d'un soleil, le rose des fleurs de prunier. Dans nos peintures, vous trouverez les deux versions : encre seule, ou encre et aquarelle.
Les sujets classiques
Bambou, orchidées, fleurs de prunier, chrysanthèmes, pins, montagnes, oiseaux, la lune. Chaque sujet a une signification et une technique précise. Les quatre plus importants ont même un nom spécial : vous les trouverez dans Les quatre gentilshommes du sumi-e.
La signature et le sceau
Une peinture sumi-e se termine par la signature du peintre et par son sceau (*hanko*), en général rouge. Le sceau n'est pas un détail : il fait partie de la composition, équilibre l'espace et garantit l'authenticité. Dans les peintures de Teresa, vous trouverez son nom en japonais, テレサ, et son sceau.
Comment regarder un sumi-e
Avec calme, à une certaine distance, en laissant l'œil remplir les espaces vides. Ne cherchez pas les détails : cherchez le mouvement du pinceau, la vitesse, le souffle. Un bon sumi-e ne montre pas tout : il vous invite à le compléter.


